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Silence

Je veux le silence d’une plage immense et festonnée, près de la vague immuable.

Jean Léger - Ermont - Août 2003

 

 

 

 

DEmeures

Tantôt maison-labyrinthe à étages et à remises cachées, tantôt grenier doré sous la voûte céleste, tantôt cave rassurante dans la moiteur d'une ville, tantôt cabane isolée au bord d'un grand fleuve; Toutes sont accessibles par escaliers et échelles, ce sont les demeures fluctuantes et vagabondes de mes rêves, refuges intimes et secrets.

Jean Léger - Paris - Novembre 2008

 

CONNEMARA

C’était le bout du monde.
Foulant de rares touffes d’herbe à jamais exténuées, j’étais venu par une lande à la stridente solitude; Mes pas firent sursauter la tourbière alanguie et seules les fleurs de linaigrette me saluèrent de courbettes laineuses.
Au bord du lac, une truite jaillit soudain de l’eau grise et disparut dans un dernier spasme migrateur.

Jean Léger - Irlande 1990

 

Courtesy: Jonathan Jordan's Photos

 

 

Courtesy: huguesisrocknrol.skyrock.com/

 

 

 

 

LES RÊVES

A l’instar des primitifs, je sais tirer un rêve du plus profond du sommeil pour l’amener laborieusement à ma conscience.

Jean Léger - Paris - Août 2005

 

 

Courtesy: Juan Cuesta Barros photos

 

 

 

VIELVIC

Fin d’après midi de novembre il y a très longtemps. Quelques flocons de neige annoncent l’hiver. Je n’irai pas plus loin car mes forces déclinent. Je m’affale sur la pente du chemin, la joue calée contre un rocher. Là-bas, dans la courbe, trois maisons desquelles il ne faut rien attendre. Je fixe leurs lourds linteaux de granite qui deviendront comme des cristaux dans ma mémoire. Au loin la meute s’assagit, le givre monte dans mes os.

Vision en Lozère avant d’arriver au village de Vielvic

Jean Léger - St Pardoux/Vielvic - 1995

 

LE TEMPLE DU MONDE

C’est un immense palais de bois situé sur une hauteur comme le Potala de Lhassa. A l’intérieur, une multitude de gens sont allongés à même le plancher et semblent attendre. Il y a là des gens de toutes nationalités aux vêtements colorés et élimés, je remarque comme des passeurs ou des montagnards Tibétains et Péruviens. Je rencontre mes deux amis bangladais Khabir et Mahbub qui sont étendus la tête sur la main et que je salue. Ils sont les deux seules personnes que je reconnais et qui existent dans la réalité. Des femmes jouent une musique harmonieuse sur des instruments inconnus : elles font tourner une spirale conique qui frotte et fait vibrer une corde. Une artiste qui se prénomme Andréa vient de réussir une immense toile toute en longueur qui est un chef d’œuvre à la structure complexe et élaborée. Cela semble une révélation pour elle. Elle me sourit. Je traverse cet immense espace parmi la foule de gens allongés pour me rendre à l’extrémité du temple puis je redescends par de larges et interminables escaliers de bois.

Jean Léger - rêve Pantin - Mars 2002

 

 

LE GRAND POISSON

C’est une rivière très profonde et transparente au courant soutenu et puissant. Il y a beaucoup de pêcheurs alignés et le fil de leur ligne plonge dans les profondeurs. Soudain apparaît un grand poisson, c’est le Saumon géant que tous espèrent attraper. Moi aussi je pêche et par une étrange familiarité, c’est moi qui ai le plus de chances de le prendre mais je n’essaie pas : je ne veux pas qu’il meure.

Jean Léger - rêve Pantin - Mai 2002

 

 

L’oasis

C’est une sorte d’oasis cernée par un cercle de falaises de roches jaunes, il y a une rivière avec très peu d’eau comme un oued marocain. Là-haut au sommet des falaises, il y a une grande tempête, vent violent, tourbillons de sable et de pluie mêlés, cela couche de maigres arbustes accrochés aux parois. En bas c’est étrangement calme, des oiseaux tour à tour verts et bleus chassent des insectes dans les herbes aquatiques et l’eau chargée de sable monte à cause de la pluie là-haut. Je suis au milieu de la rivière avec de l’eau jusqu’aux mollets et le courant charrie toutes sortes de débris. Soudain le courant m’apporte un petit oiseau vert puis un autre gris tous deux noyés puis deux bébés taupes également noyés. Je les recueille dans ma main et rejoins la berge,
miracle, ils reviennent à la vie !
Je les pose au soleil sur un rocher.

Jean Léger – rêve Ermont - Janvier 2004

 

 

 

 

 

 

VISION

Trois ailes noires,
Terre ravagée,
Soufre et cendres,
Fumées.
Et l’angoisse sans nom
D’un enfant éveillé.

Vision enfant. Je n’ai pu comprendre cette image terrifiante que quarante ans plus tard lorsque ces objets sont devenus réalité. La question qui s’est posée ensuite : Dans quelle mesure dois-je me sentir concerné ?

Jean Léger

 

 

Être sourd c’est avoir une fenêtre apparemment réduite sur le monde mais traversée d’un regard sans pareil.


Jean Léger - Paris - Janvier 2004

 

 

 

 

 

nous, Avions.

Lents poissons volants, éclat de soleil,
Votre queue peinturlurée traverse le ciel,
Mais au-dessus de la plaine des nuages,
Rien que froide lumière et nul sillage.

Jean Léger - Ermont - Septembre 2003

 

 

La Beauté

Dans ce monde terrorisé de son propre emballement, la beauté elle-même, lasse de se montrer nue, erre sur des sentiers sans âge de plus en plus ténus mais jadis voluptueux. Au-delà s’ouvre le puit vertigineux de l’inconscient. Condamnée à s’abreuver à des sources évanescentes en partie taries, la beauté cependant demeure et ne mourra pas.

Jean Léger - Paris - Février 2000